Les cantons font preuve d’une sévérité variable

Malgré le moratoire sur les cabinets médicaux, le nombre de médecins continue à augmenter fortement dans certains cantons. Par contre, d’autres sont plus restrictifs, et ces cantons-ci font état d’un déficit en médecins.

Tages-Anzeiger

Depuis 2002, la Suisse a décrété un moratoire sur l’installation des médecins. En principe, ils ne devraient plus être autorisés qu’à reprendre des cabinets existants. La Confédération veut ainsi empêcher que les coûts de la santé ne continuent à grimper. Et que la liberté de circulation des personnes ne provoque une avalanche de médecins provenant de l’UE en Suisse.

L’avalanche de médecins provenant de l’UE n’a pas eu lieu. Mais le nombre de médecins continue tout de même à augmenter: l’an dernier, l’association des caisses-maladies Santésuisse a recensé 862 nouveaux médecins. C’est un chiffre au-dessus de la moyenne. «Le moratoire n’a aucun effet sur les médecins suisses», a déclaré le porte-parole de Santésuisse, Peter Marbet.

22 pour-cent plus de médecins à Zoug

Mais l’application du moratoire laisse tout de même apparaître de grandes différences parmi les cantons. Alors que le nombre de médecins dans le canton d’Uri est resté stable, ce chiffre a augmenté de 22 pour-cent dans le canton de Zoug. Même dans le canton de Zurich, cette augmentation, avec 10 pour-cent, est au-dessus de la moyenne suisse. C’est ce que démontrent les chiffres répartis pour la première fois selon les cantons par Santésuisse, et publiés par le «Tages-Anzeiger». Cette évaluation se base sur le numéro de concordat que chaque médecin reçoit de la part de Santésuisse afin de pouvoir facturer ses prestations via l’assurance de base.

En ce qui concerne l’augmentation observée depuis 2002, il est clair que de nombreux médecins se sont dépêchés de demander une autorisation cantonale avant l’entrée en vigueur du moratoire, en ouvrant leur cabinet ultérieurement. Le fait que les cantons fassent preuve d’une sévérité variable est toutefois indiscutable. «On observe de grandes différences dans le taux d’installation des médecins», déclare Jacques de Haller, président de la fédération FMH. Ainsi, certains cantons autoriseraient de nombreuses exceptions entraînant même la protestation des médecins déjà installés, selon de Haller.

C’est un fait que les cantons peuvent décider librement quels sont les médecins concernés par le moratoire et quelles régions font état d’un manque de spécialistes, et desquels. «Aussi longtemps que chaque canton décidera qui est responsable des autorisations, il ne sera pas possible d’évaluer le nombre de médecins», a déclaré Beat Sottas de l’Office fédéral de la santé.

Pour Sottas, notamment, ce sont les conditions variables de vie et de travail des cantons qui sont responsables du taux de croissance variable des médecins: «Le canton de Zoug, vu sa situation avantageuse et sa faible imposition, est certainement plus attractif que le canton agricole d’Uri.» Dans des cantons comme celui de Genève, par contre, la densité médicale est déjà si élevée qu’il n’est guère avantageux pour un médecin, du point de vue économique, d’ouvrir un cabinet.

Les cantons ayant des taux d’installation élevés assurent appliquer le moratoire de manière stricte, et se réfèrent aux cantons moins stricts. «Nous n’avons pas autorisé la moindre exception concernant le nombre d’installations», déclare Peter Wyss, représentant du médecin cantonal du canton de Zurich. Dans son canton, l’augmentation du nombre de médecins serait attribuée aux autorisations octroyées avant 2002. En outre, les médecins traitant des patients privés et ne facturant pas via l’assurance de base reçoivent un numéro de la part de Santésuisse.

Uri ferait volontiers des exceptions

Même à Bâle, on ferait preuve de retenue concernant l’octroi d’autorisations de pratiquer, explique le médecin cantonal Anne Witschi. «Cette année, pour la première fois, nous avons autorisé deux installations, à des psychiatres turcs.» Pour cela, il faut que le besoin soit expressément défini. Et si, à Bâle, deux médecins se partagent un poste complet, deux numéros de concordat sont nécessaires, ce qui double les statistiques de Santésuisse. Par contre, le canton de Zoug a autorisé 19 nouvelles places de psychiatres. Il y aurait eu un déficit dans ce secteur, déclare Daniel Schriber de la direction de la santé du canton de Zoug. «Lorsqu’on fait abstraction de ces postes, on constate une augmentation tout à fait moyenne du nombre d’installations.»
A Uri, l’Oberland se serait volontiers vu octroyer une ou deux autorisations de pratiquer. «Malheureusement, il n’y a guère d’intéressés», déclare Joe Imhof de l’Office de la santé.


(Source: Tages-Anzeiger)

 


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